mardi 15 mars 2011

Anciens et nouveaux médias : quelles différences dans les usages et les contenus ?


Rendus étudiants- 12 avril 2011
Notes de  la présentation avant correction du document

SOCIETE

Caroline Christinaz
5,5+

Mathilde JARRY
Muriel RISSE
Audrey DUCOMMUN
5 ou 5,5

- Les médias sociaux face au pillage des sites archéologiques
Laura Drompt
5 ou 5,5-

CATASTROPHES

Pontus Wallstén
5 ou 5,5-

Francesca Calcagno
Gilles d’Andrès
5,5+ 

POLITIQUE
Yoann Schencker
Julien Robyr
Malka Gouzer
5,5 +

Diane Rodrigues
Matthieu Henguely
5,5

Odessa Blanc
Camille Hude
5-












« PRINTEMPS ARABE »

 Kalina Anguelova
5,5

Géraldine Wenger
Laura Juliano
Nadia Barth
5,5

- L’insurrection civile en Libye : le traitement de l’image à la TSR
Doline Charmillot
Stephen Mossaz
Angélique Rime
5,5


17 H FIN de la séance

lundi 14 mars 2011

"CRITIQUES DE LA CULTURE DE MASSE": DOCUMENTS


Documents 
Culture populaire-Culture de masse : l’opinion des gens cultivés

Doc. n°1 Bertolt Brecht :  le „gôut du public“, ruse du capitalisme  ?, 1931

« Critique ses représentations ». Affirmation n° 2 «  On peut éduquer le goût du public »
….Supposons qu’à la métaphysique des commentaires sur le cinéma que publient nos journaux dans les rares pages qui ne sont pas destinées à être remplies d’annonces, on ajoute de la physique, c’est-à-dire une vision des mécanismes proprement dits, du pourquoi et du comment du cinéma (il n’est pas possible, en effet, que le cinéma soit uniquement le produit de la diligence philantropique de quelques financiers désireux de faire connaître au public les dernières trouvailles de la technique et les plus belles pensées des poètes), que l’on passe donc sur cet « arrière » étalé si largement sur le devant, que l’on éclaire ce « devant » si anxieusement caché à l’arrière, et que l’on présente le cinéma comme une entreprise (en mauvais état) qui consiste à gaver à la pompe un public amorphe, inimaginable, énorme, à lui servir régulièrement, immuablement, son invariable ration de distractions, cela ne nous permettrait pas plus que les vieilles méthodes de la métaphysique d’éliminer ce dernier obstacle absolu à tout progrès qu’on appelle « goût du public ». Le goût du public, cette chose compliquée qui coûte et qui rapporte à la fois, freine le progrès. Il est hors de doute que l’influence des acheteurs sur le façonnage du produit est croissante et qu’elle a des conséquences réactionnaires. Il devient donc nécessaire pour nos progressistes de combattre cette influence que représentent les acheteurs de films, ces organisateurs provinciaux du marché. En y regardant de plus près, ces gens-là se permettent d’exercer une fonction qui devrait revenir à la presse et à nos métaphysiciens des feuilletons qui consiste à choisir ce qui est bon pour le consommateur. Il faut donc les combattre, parce que ce sont des réactionnaires ; et puis, nos métaphysiciens n’auront pas de mal à les trouver : ils se trouvent dans les pièces du fond de leurs feuilles, dans les pages d’annonces. Le goût du public, pour eux, c’est cette chose qui coûte et qui rapporte, l’expression authentique des besoins réels des masses cinématographiques. On l’établit dès lors empiriquement, et ces gens aux instincts aiguisés, qui dépendent matériellement de la justesse de leurs analyses, agissent exactement comme si les racines du goût étaient enfouies dans la situation sociale et économique des masses cinématographiques, comme si les acheteurs achetaient vraiment quelque chose, comme si l’objet acheté était déterminé par la situation de l’acheteur, et donc comme si ce goût ne pouvait être modifié par des cours d’esthétique ou par ce prémâchage juteux et bruyant que réussissent si bien nos Kerre et autres Diebold[1], mais au mieux  par un changement réel et profond de la situation »
Bertolt Brecht, Sur le cinéma, 1931, trad. Fr. 1931, 1970, p. 172

Walter Benjamin, La « mécanisation » de l’œuvre d’art, véritable fondement d’une nouvelle esthétique (1936)

« La masse est la matrice où, à l’heure actuelle, s’engendre l’attitude nouvelle vis-à-vis de l’œuvre d’art. La quantité se transmue en qualité : les masses beaucoup plus grandes de participants ont produit un mode transformé de participation. Le fait que ce mode se présente d’abord sous une forme décriée ne doit pas induire en erreur et, cependant, il n’en a pas manqué pour s’en prendre avec passion à cet aspect superficiel du problème. Parmi ceux-ci, Duhamel s’est exprimé de la manière la plus radicale. Le principal grief qu’il fait au film est le mode de participation qu’il suscite chez les masses. Duhamel voit dans le film « un divertissement d’ilotes, un passe-temps d’illettrés, de créatures misérables, ahuris par leur besogne et leurs soucis…, un spectacle qui ne demande aucun effort, qui ne suppose aucune suite dans les idées…, n’éveille au fond des cœurs aucune lumière, n’excite aucune espérance, sinon celle, ridicule, d’être un jour «  Star à Los Angeles »[2];
On le voit, c’est au fond toujours la vieille plainte que les masses ne cherchent qu’à se distraire alors que l’art exige le recueillement. C’est là un lieu commun. Reste à savoir s’il est apte à résoudre le problème. Celui qui se recueille devant l’œuvre d’art s’y plonge : il y pénètre comme disparut le peintre chinois qui disparut dans le pavillon peint sur le fond de son paysage. Par contre la masse, de par sa distraction même, recueille l’ouvre d’art dans son sein, elle lui transmet son rythme de vie, elle l’embrasse de ses flots […].

Walter Benjamin, Ecrits français, « L’œuvre d’art à l’époque de sa reproduction mécanisée », XVIII, Folios Essais, 2003, 499 p., pp.  214-215

Doc n°3° Theodor W. Adorno : l’industrie culturelle (1951)

« De nos jours où la conscience des dirigeants commence à coïncider avec les tendances d’ensemble de la société, la tension entre culture et kitsch est en train de disparaître. La culture cesse d’entraîner à sa suite son adversaire qu’elle méprise, elle le prend en charge. En administrant l’humanité toute entière, elle administre du même coup la rupture entre l’humanité et la culture. Même la grossièreté, l’abrutissement et l’étroitesse imposés objectivement aux opprimés sont manipulés avec une souveraineté subjective dans l’humour. Rien ne saurait définir avec plus de précision cet état à la fois intégral et antagoniste que cette incorporation de la barbarie. Et pourtant ce faisant, la volonté des manipulateurs peut invoquer la volonté universelle. Leur société de masse n’a pas seulement produit la camelote pour les clients, elle a produit les clients eux-mêmes. Ceux-ci étaient affamés de cinéma, de radio et de magazine ; quelque insatisfaction qu’ait laissé en eux l’ordre qui leur prend sans leur donner en échange ce qu’il promet, elle n’a cessé de brûler pour que le geôlier se souvienne d’eux et leur offre enfin de la main gauche des pierres pour la faim à laquelle la main droite refuse le pain. Sans opposer la moindre résistance, des citoyens d’un certain âge – qui devraient avoir connu autre chose – tombent depuis un quart de siècle dans les bras de l’industrie culturelle qui sait si bien miser sur les cœurs affamés. »

Theodor W. Adorno, Minima Moralia. Reflexions sur la vie mutilée, Payot, [1951], 2003, 357 p., « Le palais de Janus »,pp. 199 p. 200



Doc n° 4 Marcuse, art et aliénation


Absorbé dans la marchandise, l’art perd sa force de contestation de l’ordre du monde pour devenir un outil parmi d’autres du conformisme social.

« Actuellement cette distance essentielle entre les arts et l’ordre de tous les jours est peu à peu abolie par les progrès de la société technique. Le grand Refus est refusé. L’ « autre dimension » est absorbée par le monde prévalant des affaires. Les œuvres de la distance sont elles-mêmes incorporées dans cette société et elles circulent comme partie et fragment du matériel qui orne et psychanalyse le monde prévalant des affaires ; ainsi elles se commercialisent - elles se vendent, elles réconfortent ou elles excitent. Les défenseurs de la culture de masse trouvent ridicule qu’on puisse protester contre l’emploi de Bach comme musique de fond dans la cuisine, contre la vente des œuvres de Platon, de Hegel, de Shelley, de Baudelaire, de Marx et de Freud, au drugstore. Ils insistent sur le fait que les classiques ont quitté le mausolée et sont revenus à la vie, sur le fait qu’ainsi le public est éduqué. C’est vrai mais s’ils reviennent à la vie comme classiques, ils revivent comme autres qu’eux-mêmes, ils sont privés de leur force antagonique, de leur étrangeté qui était la dimension même de leur vérité. Le but et la fonction des œuvres ont donc fondamentalement changé. Si à l’origine elles étaient en contradiction avec le statu quo, cette contradiction a maintenant disparu. »

Herbert Marcuse, L’homme unidimensionnel, Minuit, [1964], 1968, p. 88


[1] Critiques
[2] Georges Duhamel, Scènes de la vie future, Paris, 1930 p. 58.
Jean Oulif, « L’opinion des télépectateurs et son approche »[2], Cahiers d’étude de la Radio-Télévision, PUF, n°8, 1956

MEDIAS ANCIENS/MEDIAS NOUVEAUX : ETUDE DE CAS


Consignes pour le travail en groupe: 

Les étudiants, par groupe de deux ou trois, compareront la façon dont les médias anciens et nouveaux se différencient, s'opposent ou s’articulent entre eux lors de la couverture d’un événement. On choisira des évènements plutôt récents de façon à disposer d’une palette de médias nouveaux assez complète. Il pourra être utile de choisir un événement sujet à polémique ou suffisamment important pour justifier des positions ou analyses divergentes.

On s’intéressera à
- la différence de contenu
- l’articulation des médias entre eux
- les modalités différentes d’élaboration des contenus : rapidité de l’information, contrôle, élaboration d’une analyse
- les formes de relation au lecteur/spectateur : information, participation, commentaire, relais de l’information.
On mettra en évidence si cela est nécessaire les implications quant à l’éthique professionnelle et la déontologie.

Cette présentation prendra la forme d’un blog ou d’un site internet réalisé selon des normes indiquées en cours qui sera présenté aux autres étudiants lors de la séance de cours du 12 avril 2011.

Seront évalués
- le contenu ( qualité de la construction du corpus, pertinence de l’analyse critique) ;
- la forme du blog ou du site (lisibilité, articulation du texte et des images, qualité des références) ; - la clarté de la présentation faite aux autres étudiants.
Chaque blog ou site réalisé par un groupe d’étudiant sera mis en ligne au sein d’un blog spécifique sauf demande expresse des auteurs.
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Conseils
- Choisir un objet ayant donné lieu à beaucoup de production médiatique ;
- circonscrire le corpus à un nombre restreint de supports traditionnels (presse écrite, télévision, radio) et de supports nouveaux (blogs, sites, pages facebook, flux RSS, twitter, …) ;
- si  l’accès aux « archives » se révèle impossible ou décevant, changer de sujet très rapidement
- me consulter pour valider votre choix ;  deux groupes différents peuvent traiter du même sujet,
- trouver une problématique centrale (aussi appelée angle d’attaque du sujet)
- préparer un rendu de qualité sans vous perdre dans une approche exhaustive : ce n’est pas une thèse ni même votre mémoire de master
- choisir un sujet qui vous plaît
Bon courage

mardi 15 février 2011

DESCRIPTIF DU COURS

Perspectives historiques II ( C. BERTHO LAVENIR)

Caractéristiques
¡   3 crédits ECTS
¡   Cours à option
¡   Semestre printemps 2011
¡   2h cours hebd. (cours-bloc)
¡   Evaluation : présentation orale en groupe. Rattrapage éventuel d’insuffisance : examen écrit (2h.)
¡   Pré-requis : --

Equipe enseignante
¡   Prof. Catherine BERTHO LAVENIR
¡   Université Sorbonne nouvelle Paris3- Bauhaus Universität-IKKM WEIMAR
¡    ' 00 49 36 43 58 40 (bureau)- 00 49 17699138625 (Cell)


Objectifs
Prendre conscience de la façon dont l’évolution des techniques, en particulier internet et les sites communautaires, modifient le métier de journaliste dans les domaines de la radio, de la télévision et de la presse écrite. Identifier les enjeux éthiques ou politiques de ces transformations (désintermédiation de l’information, fragmentation des audiences, recomposition des solidarités sociales, modification des formes du politique) afin de se montrer vigilant dans sa pratique professionnelle.

Contenu
Le cours sera divisé en deux périodes. Le premier bloc de cours sera consacré à une présentation par le professeur des grandes transformations technologiques qui ont modifié la pratique journalistique. On considérera successivement :
-les théories de l’innovation et de l’histoire des techniques qui offrent un cadre de saisie  des transformations en cours ;
- la constitution des networks classiques de radio et de télévision ; l’association information-marchandise ; la mise en place de systèmes d’information dans le cadre national ; les formes traditionnelles du contrôle des contenus (censure)
– les conséquences de la numérisation des contenus et de la généralisation d’Internet sur l’économie pratique et symbolique des différents secteurs du système d’information : agences d’image (droit d’auteur, protection du droit à l‘image), information télévisée (consommation à la demande), presse écrite (reprise et agrégation des contenus) ;
 - les modalités de la désintermédiation de l’information (blogs, twitter, sites communautaires, applications pour mobiles…) et leurs conséquences en termes de crédibilité et de validité de l’information : saturation de l’espace public, « buzz », rumeurs, théories du complot mais aussi mobilisation des opinions publiques (évènements du printemps 2011 dans le monde arabe).
On considérera particulièrement l’articulation entre « anciens » et «nouveaux » médias ainsi que la façon dont les « anciens » médias résistent et/ou s’adaptent.

Dans la seconde partie du cours les étudiants, par groupe de deux ou trois, compareront la façon dont les médias anciens et nouveaux ont assuré la couverture d’un événement récent sujet à polémique. Les étudiants devront mettre en évidence les conséquences en termes d’éthique et de responsabilité professionnelle du cas étudié. Cette présentation prendra la forme d’un blog ou d’un site internet réalisé selon des normes indiquées en cours. On évaluera le contenu ainsi que la forme (lisibilité, articulation du texte et des images, qualité des références) et la clarté de la présentation faite aux autres étudiants. Chaque blog ou site réalisé par un groupe d’étudiant sera mis en ligne au sein d’un blog spécifique
 Voir les travaux des étudiants de la promotion précédente :

Livres et textes de référence
F. Barbier et C. Bertho Lavenir, Histoire des médias, de Diderot à Internet, A. Colin, 3e édition, 2009 (derniers chapitres- NOUVELLE ÉDITION EN COURS)- C. Bertho Lavenir, La démocratie et les médias, A. Colin, 1999 – Cahiers de Médiologie 
n° 8 Croyances en guerre. L’effet Kosovo, 1999 et n° 13 La scène terroriste, 2002.
Megan Boler edit. Digital media and Democracy, Tactics in Hard Times, MIT Press, 2008 especially  Chris Atton  “Alternative Media and Journalism Practice”, pp. 213-227 and D. Travers Scott, “Tempests of the Blogosphere : Presidential Campaign Stories that failed to ignite Mainstream Media”, pp. 291-300
Solveig Godeluck, La géopolitique d’Internet, La Découverte, 2002, Chap; 8 “La panique cybercrime” et “Surveiller et punir : les ennemis d internet”, pp 145-179
Dominique Cardon La démocratie Internet, promesses et limites, Seuil, 2010, 101 p.
Patrice Flichy, Le sacre de l’amateur, Sociologie des passions ordinaries à l’ère numérique, Seuil, 2010





dimanche 11 avril 2010

TRAVAUX DES ETUDIANTS DU MASTER

"Comparer le traitement d'une information dans les médias traditionnels (presse écrite ou télévision) et sur les "nouveaux médias"(blogs, pages facebook, twitter)". Etudes de cas 

 Cette page rassemble les liens menant aux blogs construits par les étudiants du cours " Histoire des médias 2" du master de journalisme de l'université de Neuchâtel comme travaux de fin de séminaire, année 2010


Commentaire général (CBL)
"Suivre les liens vers chacun des blogs permet de  confronter des études de cas très différentes. Certains traits communs émergent cependant. En premier lieu il apparaît que notre hypothèse de départ est confirmée. Il n'y a pas d'un côté les médias traditionnels qui auraient un mode de traitement " sérieux" de l'information et les nouveaux médias qui seraient tous du côté de l'émotion, de l'immédiateté et de l'absence de censure, reflétant le "vécu de citoyens". Cette dimension existe mais elle doit être très fortement pondérée. 
La mixité des supports
On constate en effet que les médias "traditionnels" (presse écrite) ont aujourd'hui presque tous un site sur lequel les articles destinés aux éditions " papier" paraissent en parallèle. Ils ont aussi des blogs qui permettent d'afficher les opinions des lecteurs; ces blogs peuvent accueillir des blogs d'auteurs qui ne sont pas directement liés au journal, journalistes ou particuliers. Cette nébuleuse de blogs et sites est plus ou moins contrôlée par la publication qui les abrite. Cela lui permet de faire circuler des informations récentes, mal vérifiées ou ne correspondant pas à la ligne directrice du journal. C'est un gage de réactivité et de présence sur le net mais n'est pas sans dangers comme le montre la mésaventure arrivée au JDD en France à l'occasion de la diffusion de la rumeur concernant Nicolas Srkozi et son épouse ( voir  Paolo Beretta et Olivier Wurlod . La rumeur Sarkozy-Bruni). 
Gestion de l'émotion
La capacité à réguler les discours devient dans ce cas cruciale. Les médias traditionnels, presse écrite et télévision, ont en ce domaine une expérience séculaire et le travail des journalistes est encadré par des règles professionnelles et des chartes déontologiques précises (voir Katy Romy et Adrien Juvet Le conflit Suisse-Lybie). Ces regles sont constitutives dún consensus sur ce que l´on désigne du nom d´espace public.
 Cependant les débordements ne sont pas toujours  situés là où on l'attendrait. Par exemple, le traitement de l'information sur les attentats du métro de Moscou par la TSR semble avoir donné une place prépondérante à l'émotion. La chaîne reprend des images amateur des corps gisant dans le métro, images circulant sur you tube, qui ne correspondent pas à une nécessité précise d'information. Tout se passe comme si le média traditionnel que représente une chaîne de télévision généraliste se voyait en quelque sorte "forcer la main" devant le fait que des images fortes circulent sur les réseaux et qu'elle ne veut pas être en reste (Marie-Odile Cornaz, Klenam Honku Akuvi et Christine Wuillemin. Les attentats commis dans le métro de Moscou. ). En revanche, il arrive que le sérieux se trouve du côté des médias nouveaux. Etudiant le traitement de l'affaire Légeret , Sebastien Dubas, Margaux Fritschy  et Serge Maillard ont montré comment le blog créé et tenu dans la longue durée par l'épouse de ce dernier rassemble des éléments d'information importants, bien présentés, et dont on connaît la source. Le traitement de cette affaire montre aussi la façon dont l'information circule entre médias traditionnels et médias nouveaux, les seconds se consacrant souvent à un commentaire des éléments diffusés par les premiers. L'affaire Legeret, toujours, a suscité l'intervention d'un personnage convaincu de la culpabilité de l'accusé qui non seulement tient un blog pour soutenir son opinion à chaque rebondissement du traitement judiciaire de l'affaire mais intervient pour poster des commentaires sur les sites des autres médias. Or ses propos mériteraient d'être sérieusement "modérés", ce qu'ils ne sont pas. 
Le média qui donne lieu aux dérapages les plus spectaculaires sont dans doute les groupes facebook. Ceux qui se sont créés autour de "La crise libyenne" ont été étudiés dans le détail par Valère Gogniat et Benjamin PillardConsidérés dans leur sens littéral, leurs propos sont souvent proches de la tradition de la droite radicale et xenophobe. Il existait, dans les années trente et cinquante , des journaux de modeste ampleur pour ce type d'opinion. On peut imaginer que, ne trouvant plus d'exutoire dans les médias établis, ces positions extrêmes trouvent à s'épancher dans les médias alternatifs. On notera que ces groupes facebook manient des formes rédactionnelles qui n'ont pratiquement plus cours dans les médias traditionnels, la presse satirique étant tres marginale et la télévision faisant difficilement une place à la satire, la provocation, au burlesque. Les titres des groupes facebook ("Découper Khadafi... " - il s'agit de découper son portrait du dirigeant lybien) procèdent par antonomase, détournement de sens. Leur ton décalé est souvent drôle et cette irruption d'un humour dénoue les tensions) explique peut-être leur nombre d'adhérents. Certains, cependant, ont une durée de vie qui indique qu'il ne s'agit pas d'un mouvement d'humeur chez les participants mais que ces groupes reflètent un phénomène plus vaste : ils agissent en organisateurs de l'opinion.
Manipulation, mobilisations
Les conseillers en communication de puissances diverses ainsi que les experts en manipulation de l'opinion, ont compris depuis plusieurs années que les médias communautaires pouvaient être des instruments efficaces pour polariser les opinions autour d'un évènement et pour construire une communauté plus ou moins durable qui sera ensuite vecteur de propagation. Renata Vujica et Sophie Murith, ont ainsi très bien montré le rôle des sites (communautés de blogs) dans la création d'un nouveau pôle de la pensée conservatrice qux USA dans leur travail intitulé Tea Party, une entrée réussie dans l'agenda.
Elles ont montré à cette occasion que si l'opinion publique et les experts ont une idée de l'orientation politique des supports de la presse classique et qu'il existe auprès des grands titres de la presse américaine des modérateurs chargés de discuter publiquement les éventuels " biais" apportés à l'information, les intérêts présents derrière les agrégats de blogs comme Huffington Post sont moins connus. Plusieurs autres études de cas ont fait surgir des blogs à la paternité douteuse : ainsi un énigmatique blog dévolu au soutien de la politique lybienne dont les post de lecteurs semblent bien surprenants. La question a pu alors être posée : certains blogs sont-il là uniquement pour piéger leurs corrspondants éventuels ? 
La liberté sur internet, un concept ambigu
 On a pu penser que twitter et facebook présentaient des possibilités nouvelles pour contourner le  contrôle de l'information qui caractérise les régimes totalitaires ou policiers. La présentation de Sonia Bernauer et celle de Chantal Rouleau sur "Les protestations en Iran" et Elsa Anghinolfi et Cecilia Mendoza sur Les nouveaux médias pour contourner la censure en Chine. se répondaient en quelque sorte sur cette question.Twitter et les blogs ont pu diffuser des nouvelles au jour le jour sur la protestation iranienne et alimenter les médias " classiques" en informations. L'histoire de Naja, jeune fille tuée pendant les manifestations, répond ainsi aux critères de la bonne " story" qui permet à l'information de percer le "plafond de verre" qui sépare habituellement l'information des blogs de la grande presse. Cependant on a pu noter qu'internet repose sur des réseaux matériels de communication qui peuvent toujours coupés et écoutés. Si en Chine le nombre des internautes rend dans certaines situation un contrôle total difficile, en revanche, dans le cas des émeutes en territoire Ouighour, internet n'a en aucun cas pu jouer une rôel comparable à celui qu'il avait joué pour l'Iran.  En revanche, parce que c'est un média où le " droit d'accès" est peu coûteux, c'est sur des blogs que s'exprime dans la durée la communauté des Ouighours en exil, assurant une perrenité et une visibilité à leurs revendications.
.... à suivre
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Suivez les liens :  


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Lois Siggen Lopez et Virginie Gerhardt
Le sommet de Copenhague
 Lors de la fin du sommet de Copenhague, le traitement de l'information par deux médias traditionnels (Le Temps et Le Monde) et par un blogger non journaliste, invité par Le Monde.fr. 

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Francesca Motta et Audrey Farine
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Sebastien Dubas, Margaux Fritschy,  Serge Maillard
"L'affaire Légeret" 
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Marc Renfer
La crise économique
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Renata Vujica et Sophie Murith,
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Marie-Odile Cornaz, Klenam Honku Akuvi et Christine Wuillemin.

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Katy Romy et Adrien Juvet Le conflit Suisse-Lybie

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Valère Gogniat et Benjamin Pillard
et 
un entretien à la radio...

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Sonia Bernauer et Chantal Rouleau
"Les protestations en Iran"

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Elsa Anghinolfi et Cecilia Mendoza
Les nouveaux médias pour contourner la censure en Chine.




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Isabelle Pauchard et Anna Vauchez
La mort de Mickaël Jackson


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10H Sophie Dorsaz et Gabriel Sassoon
Le traitement dans les médias de l'arrestation de Roman Polanski 
pour détournement de mineurs.
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Paolo Beretta et Olivier Wurlod
"La rumeur Sarkozy-Bruni"
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lundi 29 mars 2010

Devoir : le traitement de l'information par les nouveaux médias

Café internet Shangaï
Il vous est demandé pour la prochaine session (avril) de préparer un travail sur le thème suivant :
Comment les nouveaux médias (blogs, sites communautaires, twitter) traitent-ils l'information? Peut-on distinguer des différences significatives par rapport aux médias classiques et interpréter ces différences ?
Vous réaliserez une étude de cas et vous préparez un support sous forme power point, blog ou site pour réaliser une présentation de 20 mn maximum devant vos camarades.
Seront évalués :
- l'intérêt du sujet choisi
- la qualité du traitement graphique et de la présentation
- le respect des normes  (images sourcées et légendées, citations référencées, qualité et précision de l'expression, qualité des images, photographies, animations...)
- votre capacité à retenir l'attention de vos camarades.

Vous pouvez travailler à deux ou à trois pas plus. Ne choisissez pas un sujet difficile où les infos sont rares : vous avez peu de temps.
Envoyez moi un mail avec vos noms et votre sujet pour que j'organise la séance de "rendu".
Bon courage !
CBL
- Pour info, regardez les travaux réalisés l'année dernière par vos camarades (études de cas).

dimanche 14 mars 2010

Cours n°3 Télévision et neo télévision :

La fabrique d'un espace public

La neo télévision
Les télévisions privées expérimentent en Europe de nouveaux contenus dans les années 1980-90. C'est ce que le linguiste Umberto Ecco désignera du nom de " neo television". Nous allons d’abord rappeler comment un certain modèle de télévision privée apparaît en Italie puis regarder comment, à de nouvelles conditions techniques et économiques correspondent de nouveaux contenus.

I. Le tournant vers les télévisions privées en Europe

L’apparition de la télévision privée se fait dans un contexte compliqué.

L’expérience italienne. (voir a séquences " Prolifération des télévisions en Italie"). C’est en Italie que le changement est le plus précoce et le plus spectaculaire. En 1980-1985 prolifèrent en Italie de petits émetteurs, dans le vide juridique. Ils sont rachetés par la société Médiaset qui appartient à Sylvio Berlusconi. Finivest, la holding, possède 3 réseaux de tv, une société de vente et achat de droits AV, une société de distribution de films et un circuit de 30 salles. L’augmentation du volume de la publicité TV va de pair avec la mise en place du système des royalties : les entreprises versent à la chaîne une partie des bénéfices liés à promotion du produit.

En France, les partis de droite qui sont au pouvoir de 1958 à 1981 devraient en principe soutenir l'initiative privée mais le pouvoir craint de perdre le contrôle du système d’information. Le gouvernement libéral de Valery Giscard d’Estaing freine ainsi l’introduction de télévisions régionales envisagées dès 1974. Le parti socialiste dans l’opposition depuis 1958 soutient une privatisation de la télévision sans en préciser la forme.
Par ailleurs les téléspectateurs expriment le désir de programmes plus variés sur le modèle américain. Les professionnels de la publicité comme les industriels souhaitent voir augmenter les plages de publicité. Les industriels des médias souhaitent pouvoir investir librement dans un secteur prometteur ; le résultat est une libéralisation progressive après l’élection de François Mitterand en 1981 pour répondre à des intérêts très divers, dans un contexte où l’on a peur des effets culturels et politiques de la multiplication des petites antennes de réception individuelles qui permettent de recevoir, notamment, les télévisions du Maghreb.
 L’option du plan câble est écartée. Le système va voler en éclat sous la pression annonceurs/pub/public (crise des radios libres).
En 1984 : Canal+, chaîne à péage offrant beaucoup de sport et de cinéma est créé par un homme d’affaires proche de F. Mitterand et reçoit l’autorisation d’utiliser le vieux réseau VHF Noir et Blanc. La Première chaîne de l’ORTF est vendue à l’industriel du bâtiment Bouygues. En 1985 la 5e chaîne est créée par l’industriel italien Berlusconi. M6 émet en direction des jeunes avec des programmes essentiellement musicaux.
Les télévisions privées demeurent axées sur des chaînes nationales. Dans tous les pays européens on reçoit certes TV Sat et Sky Channel mais l’espace de réception se révèle difficile à unifier rapidement en raison de problèmes de langue et de cultures. Les publicités par exemple ne fonctionnent pas de la même façon dans tous les pays. Les fictions ne sont pas toujours exportables.

Des groupes médias se créent cependant sur la logique à l’œuvre aux Etats Unis pour intégrer verticalement la TV dans un groupe allant de l’édition (écriture des histoires) au cinéma, la TV, la video, et les jeux.
On observe une rupture de style. L’ancienne tv se caractérisait par trois fonctions : « distraire, informer, éduquer » et séparait bien le moment de l’information, de la distraction, de l’apprentissage. La nouvelle télévision a des caractéristiques différentes. En premier lieu, c'est une télévision de flux.

Une télévision de flux
Dans la télévision classique, la grille des programmes organisait le temps télévisuel en séparant nettement les émissions d'information, de distraction, les jeux, les périodes destinées au public enfantin, ou féminin. La nouvelle télévision tend a organiser le temps télévisuel comme un flux continu où l'important est de capter en permanence l'attention du téléspectateur. Le symbole de cette télévision de flux, ce sont les « émissions valises » qui associent variété, jeux, et information médico-scientifique…
Le changement a aussi une dimension technique. La télécommande permet le zapping. La baisse des prix des récepteurs permet une écoute plus individuelle (plusieurs récepteurs par foyers). La pratique quotidienne est vécue non plus comme une « fête » (« on allume la tv ») mais comme une pratique quotidienne sans commencement ni fin. Chaque spectateur crée sa propre trajectoire individualisée au sein d’une offre éclatée. En conséquence le programmateur doit retenir le spectateur en permanence.

L’animateur comme médiateur
Une des stratégies pour retenir le spectateur est de construire un espace continu fictif continu entre le salon et le studio en multiplication des dispositifs réels (téléphone) ou fictifs de participation des auditeurs ainsi que les accroches verbales : « c’est grâce à vous que je suis là »; « …bienvenue chez moi, je suis heureux d’être chez vous ». Le médiateur est non plus le journaliste mais l’animateur. Ce dernier est là non parce qu’il est compétent ou célèbre mais parce qu’il est « comme vous ». Il rend crédible « la mise en scène du quotidien et de l’hospitalité ». Cette proximité symbolique a des limites. En 1992-93 éclate un débat public sur la « bonne éducation » des animateurs (registre de langage).

La mesure de l’audience
La télévision publique classique procédait à des enquêtes; on s’intéressait à la satisfaction du spectateur. Le télévision privée reprend les systèmes de mesure de l’audience US. TF1, au début des années 1990, mesure en direct l’audience et procède à des adaptations de détail en continu de la programmation (pour contrer le zapping). La mesure de l’audience permet de valoriser les plages de publicité : déclaration de Martin Bouygues « Je vends du temps de cerveau disponible ».
Elle est un outil dans la négociation avec les producteurs d’émission, les animateurs et stars des chaînes. Elle « justifie » les déprogrammations, reconductions de contrats, adaptation des contenus aux classes d’âges recherchées, etc. dans un contexte de concurrence entre les chaînes : la mesure de l’audience est appréciée non seulement en valeur absolue mais en fonction des émissions diffusées au même moment par les autres chaînes. On calcule en part de marché. La construction du calendrier et des horaires de diffusion se fait en fonction de la concurrence

Un nouveau style.
La télévision adopte un nouveau style alors que le contexte cuturel et politique a changé en Europe. On constate l’effacement des grands rites tels que réunions religieuses, meetings politiques et la dévalorisation des intermédiaires sociaux traditionnels : église, armée, école. La télévision s’y substitue. Elle se constitue en «espace public » au sens de Habermas.
Visite du général de Gaulle aux sinistrés de Malpasset
On relèvera dans les paragraphes qui suivent quelques une seulement de ses évolutions les plus significatives.
- 1. Du public à l’intime 
Voir un extrait de "Psy Show"
Il est impuissant, elle est handicapée mais ils désirent devenir un couple normal et légitime, aussi viennent-ils parler de leurs problèmes sur le plateau de spy show. De souvenirs en anecdotes, d'analyses en interprétations, il (Gérard) reconnaît avoir peur de s'abandonner à autrui de crainte de ne plus exister, la maîtrise de lui même lui tenant lieu d'identité après une enfance dominée par une mère qui a toujours refuse son amour. Quant à DOMINIQUE, elle n'existe qu'en fonction de Gérard dont l'éventuelle guérison lui semble un danger pour leur couple tant elle se sent (sait) inférieure a lui.

Voir aussi la réaction des parlementaires
L’intime s’expose dans l’espace public. Au début des années 1990 on note l’émergence des reality shows. Cela entraîne un débat sur la « télévision-miroir ». Les émissions politiques disparaissent du prime-time. S’imposent des émissions comme « Perdu de vue » « L’amour en danger » « Etat de choc » « La nuit des héros ». Leurs héros sont des anonymes pris dans la masse des spectateurs. Les émissions opèrent la mise en scène de la vie privée : amour, sexe, vie de couple, relation avec les enfants, drames humains. La participation des autres spectateurs fortement encouragée : par téléphone, minitel … ils doivent conseiller, encourager, partager leurs expériences. Les sociologues considèrent que cela accompagne l’effacement des référents traditionnels de l’autorité. « Les gens font leur vie avec ce qu’ils ont à leur disposition et la télévision fait partie, en bien et en mal, de cette ressource commune»

- 2. L’Information : spectacle et marchandise
Les émissions dévolues à l’information se transforment dans le sens de l’information-spectacle. Dans la télévision « classique » l’information empruntait deux formes principales.
D'une part le Journal télévisé, « grand messe » de 20h, étroitement contrôlée par le pouvoir (Peyrefitte).
Voir Jacqueline Baudrier présentant le nouveau journal de 20 H en 1969
Voir aussi l'information lors de l'attentat du métro Saint Michel



D'autre part des magazines. « Cinq colonnes à la Une » 1956-68 est réalisé par P. Dumayet, P. Desgraupes mais surtout Pierre Lazareff. Ancien de France Soir ce dernier incarne un modèle du journalisme des années 1930, inspiré du modèle américain. Le journaliste se voit comme chargé d’une sorte de mission d’information sacrée liée au fonctionnement même de la démocratie. Cinq Colonne à la Une insiste toujours sur le fait que les journalistes sont allés sur le terrain chercher les images et la « vérité » des faits, qui est détenue par les protagonistes. Le magazine est contrôlé par le pouvoir politique mais il réussit à donner quelques images fortes de la guerre d’Algérie.
Les années 1980 voient l’économie de l’information télévision changer profondément. En premier lieu les conditions techniques changent. La transmission des images par satellite est possible et la production et le traitement de l’image coûtent beaucoup moins cher. Ceci entraîne une certaine banalisation de l’image en même temps qu’une internationalisation de sa circulation.
Les JT sont illustrés d’images du monde plus nombreuses mais souvent moins ancrées dans des contextes précis. Les « nouvelles » images du JT sortent de banques d’images, se déplacent d’une émission à l’autre, symbolisent la famine, la guerre l’accident …s’inscrivent dans un vaste flot d’images. Ces On observe une marchandisation de l’image d’information. Un débat à l’Unesco dans les années 1980 montre que les images du sud sont produites et vendues au nord.
La couverture de la Guerre du Golfe 1991 illustre les rapports de pouvoir qui régissent l’alimentation des télévisions en images d’actualité. L’armée américaine donne le monopole de la couverture du conflit à la chaîne d’info américaine CNN. Cette dernière commercialise les minutes d’images avec ou sans commentaire pour le reste des tv du monde. Il n’y a pas d’accès au front pour les autres ni de possibilité de transmission. La réponse française est la mise en pool, pour les chaînes françaises, d’un satellite de télécom français détourné de sa fonction habituelle.
Les images de guerre sont toujours manipulées dans la cadre de la propagande (1865,1914, …) : limitation d’accès, sujets omis, images recadrées, légendes incomplètes …La Guerre du Golfe n’échappe pas à la règle. En 1991les Américains veulent donner une image hautement technologique de la guerre (on parlera plus tard de « frappes chirurgicales »). On ne voit pas de morts ou de blessés américains à l’image.
Le primat de la communication s’impose. On commence à organiser la guerre en fonction des images qu’elle peut produire. Ex : le débarquement des forces américaines en Somalie en 1994 est organisé de façon à être transmis en prime time aux USA. Cela avait déjà été le cas pour les opérations limitées de Grenade 1983 et Panama 1989. La Télévision s’impose comme média hégémonique; ce dont elle ne parle pas n’a pas d’existence aux yeux de l’opinion.

- 3.Primat de l’émotion
L’émotion s’impose dans le récit télévisé. Les ONG qui deviennent des acteurs majeurs dans les conflits s’en servent pour imposer leur vision qui se substitue à l’analyse « politique ».Bernard Kouchner devient célèbre débarquant en débarquant dans un pays africain … un sac de riz sur l’épaule. Cette recherche peut déraper vers la fabrication d’image : si l’on recadre le cliché célèbre d’une vieille femme africaine décharnée gravissant une colline à genoux on constate qu’elle est entourée d’une douzaine de photographes. Ces dérives nourrissent une critique de l’économie de l’image télévisée: la télévision serait propre seulement à la propagation de l’émotion et non à l’analyse.
Depuis les années 1950 on associe la télévision au « Village global » de Mc Luhan. Dans la réalité cet aspect demeure longtemps limité pour des raisons techniques, (1962 Pleumeur Bodou) et politiques (URSS, Chine). Les moments classiques de l’émotion partagée tels que les premier pas sur la Lune, l’assassinat de Kennedy ou l’ouverture des JO sont en réalité rares limités dans le temps.
Ce qui se passe avec la Monarchie anglaise illustre l’évolution qui intervient en ce domaine au ours des années 1980. Le fonctionnement symbolique de la monarchie opérait sur l’alliance de la mise à distance et de l’ostentation du pouvoir allant de pair avec une répression de l’intime. Diana Spencer inverse le procédé en se faisant « princesse des cœurs » grâce à une savante stratégie d’image. Il faut à cet égard comparer le mariage en 1953 d’Elisabeth, premier évènement retransmis en Eurovision, le mariage Diana, le « soap opera de sa vie conjugale et son enterrement Diana. La télévision ici ne reflète plus le politique elle fait le politique

- 4. Fiction-Réalité
Dans les années 2000 la généralisation d’un type nouveau d’émissions dites de téléréalité relance le débat sur la frontière entre fiction et réalité, ainsi que les critiques portant sur la fonction de socialisation de la télévision.
Loft Story
Cela commence avec l’émission Loft Story, diffusée en 2001 et 2002 sur M6. L’émission prend son origine dans Big Brother produit par Endemol (Hollande) pour la petite chaîne Veronica. Onze garçons et filles cohabitent dans un appartement appelé « Loft ». Chaque semaine il y a élimination de deux des lofteurs grâce à leur vote et celui des téléspectateurs. C’est un jeu puisque le couple restant à la fin se partage un bien immobilier. La chaîne diffuse un résumé quotidien des aventures du loft ainsi qu’une émission hebdomadaire de début de soirée. Le présentateur,alors peu connu, est Benjamin Castaldi. Un suivi est possible 24 H/24 sur Internet;
Le casting est soigné ( voir Dictionnaire de la télévision… p. 314). Les aventures nautiques de Loana et Edouard suscitent une polémique dans la presse et une envolée de l’audience. Le CSA s’en mêle. Les joueurs désignent ceux qu’ils veulent voir rester et non partir. On crée la « salle CSA » hors du regard des caméras. Loana la go go dancer un peu pathétique gagne. Il y aura des suites sur M6 : un second Loft puis les Colocataires (2004) qui sont un échec; essai d’un nouveaux concept pour Pop Star (2001-2003), puis Opération séduction (2002-4), Le Bachelor (2003). TF1 (2003) essaie Nice People qui est un échec.
Le Loft illustre une esthétique du banal qui triomphe dans de nombreux domaines à la télévision. Il montre la vie ordinaire de personnages « ordinaires ».L’émission consacre aussi le goût de la « neo télévision » pour l’exhibition de l’intime. Il souligne le pouvoir au spectateur, en position de voyeur et investi d’un pouvoir de vie et de mort sur les « personnages » à travers son vote. Il donne la lieu à la première polémique sur la scénarisation de la réalité
Star Academy 2001
Patrick le Lay qualifie "Le Loft" de télé-poubelle et commande à …Endemol la "Star Ac" sur le modèle de l’émission américaine "Fame". L’émission est construite sur des principes voisins : l’enfermement, le « nomination » le vote des spectateurs, le choix de personnalités fortes, la quotidienne et le prime time
La nouvelle Star
La Nouvelle Star apporte un élément nouveau : l’aspect école de musique et la promesse de transformer le gagnant en star. La critique se déplace vers la critique de l’économie de la musique populaire et la fabrication des stars par les industries de la musique
Autres émissions
Endemol produit toute une gamme d’émissions qui circulent avec des adaptations dans un marché mondial, opérant une unification culturelle par des voies inattendue. Le débat fiction/réalité prend des formes renouvelées qui portent sur le fonctionnement du jeu et la sincérité de l’image : ex. Pekin Express

-5 Les séries américaines
La privatisation des télévisions européennes entraîne par ailleurs un afflux spectaculaire de séries américaines. En France le choc vient de Dallas.
Dallas
La série a été créée en 1978. l’histoire met en scène une famille (complexe) de producteurs pétroliers dotée d’un paterfamilias « méchant » J.R. Ewing. Son ambition : ruiner la famille ennemi des Barnes . Dallas …passe sur TF1 en 1981 puis sur la Cinq puis sur Canal Jimmy,et en janvier 2005 sur France 3. Son succès est lié à un sujet classique et intemporel ( l’affrontement entre deux familles, entre deux frères …) et à l’application systématique du « cliffhanger » : un rebondissement arrive à la fin de chaque épisode. Elle allie classicisme du fond et de la forme, et obéit aux canons de la littérature populaire. La série est exportée dans 60 pays, avec des adaptations, coupures, modifications. Débat sur « l’américanisation » de la culture

Problèmes américains problèmes universels ?
Un nombre important de séries américaines écrites à l’origine pour les chaînes généralistes américaines connaît de grands succès d’audience. Fédérant les auditeurs d’une génération, elles « font évènement ». "Friends", (NBC) diffusé en France de 1996 à 2006possède une structure complexe avec arc narratif tendu sur la saison. Lost (écrit pour ABC), arrive en 2005 en France et est diffusée dans 180 pays. En France la 1ere saison sur TF1 attire 6 millions de téléspectateurs ou plus par épisode mais ABC veut y mettre fin des 2006. Sex and the City , s’adresse aux « jeunes urbains ». La série traite de questions de société et du statut des femmes sous une forme légèrement parodique. "Desesperate Housewives" est une parodie de soap…et donc, par ricochet, une réflexion critique sur la vie sociale des classes moyennes blanche aux Etats-Unis. 24 H chrono assied son prestige sur ses innovations narratives.I l sera commenté par Les cahiers du cinéma. Prison Break explore les limites de la représentation d e la violence sur les chaînes. Dans l’ensemble les fictions peuvent être analysées sous deux angles :
- celui du contenu et de son rapport à la société et au contexte historique de sa production ;
- celui de la forme et de la plus ou moins grande capacité d’innovation par rapport aux codes de la fiction.
Globalement, ces séries créent dans le monde occidental un espace-temps unifié autour des fictions américaines. On observe la circulation des saisons dans le monde, la starisation des interprètes selon le modèle du cinéma hollywoodien (presse à potins et scandales, la prolongation de leur succès en DVD. On notera que la France y est particulièrement perméable (pas d’équivalent aux télénovelas par exemple).

Cette télévision présente un certain nombre d'adaptation aux effets des technologies nouvelles. Après 2010 la prolifération des chaînes, la numérisation généralisée des programmes et la nouvelle génération d'internet sont en passe de provoque ce que jean Louis Missika dans un ouvrage publié en 2006 aura appelé "La fin de la télévision". ( voir cours suivant).